Retour sur l'UTMB®

La course

  • Pour éviter de me mettre en surrégime en partant trop vite, je décide de partir en queue de peloton. Je m'assieds sur les marches de l'Église du Triangle de l'Amitié, derrière un groupe de Japonais qui font honneur à leur légende (photos de groupe, photos des alentours, film, ...). Vers 17h20, je m'avance un peu pour ne pas être le dernier. Il doit rester une bonne centaine de coureurs derrière. La pluie annoncée se met à tomber. Je passe la veste imperméable au-dessus du tee-shirt. Le briefing de départ a lieu, la pression monte d'un cran. 
  • Dès le départ officiel à 17h30, je comprends que j'ai commis une erreur. Je parcours le premier KM en 15 minutes. Au moins, c'est sûr, la mise en route est progressive. Je remonte tant bien que mal des hordes de coureur dès qu'il y a de la place sur les côtés et ce jusqu'aux "Houches". La montée vers le "Delevret" se fait calmement tout en progressant. Je m'aide des bâtons et respecte ce que des finishers m'avaient conseillé: marcher dès la première montée. 
  • À la surprise de tous, à mi-montée, un ravitaillement sauvage composé d'eau et de bonbons HARIBO est donné par des Japonais. 
  • Arrivé au somment, la descente commence. C'est l'embouteillage en raison de l'étroitesse des sentiers et de la boue suite à la pluie qui ne cesse de s'intensifier.  J'évite tout dépassement pour ne pas tomber et me blesser. Nous nous arrêtons même dans certains passages, bref un temps de répit. 
  • La montée la plus longue de l'épreuve se déroule dans le noir sur "Les Contamines". Bien que la faisant en-dedans, je grapille des places par centaines. J'applique les principes de la marche nordique, à savoir pousser sur les bâtons bras tendu avec la main ouverte. De cette façon, c'est le haut du corps qui travaille. Les jambes sont alors en mode économie. Attention, cette technique ne dispense pas de consommer de l'énergie. Passé "Les Contamines", la montée se poursuit en direction de la Croix du Bonhomme en passant par "La Balme" où je m'arrête longuement pour essayer de faire sécher mes vêtements autour du feu. J'en profite pour changer le haut du corps pour repartir au sec vu que la pluie à cesser de tomber. Je reprends la montée calmement pour atteindre le col du Bonhomme. 
  • Entre le Col du Bonhomme et la Croix du Bonhomme, dans une partie technique légèrement descendante, j'essaye d'ajuster ma lampe et je trébuche en m'étalant bras en avant. Heureusement que j'avais déclipsé les dragones. Dégâts: 5 doigts touchés, le genou droit écorché, les bâtons écorniflés. Je règle alors ma lampe à une plus grande intensité d'éclairage. Je demande des soins à la "Croix du Bonhomme". Tout se fait à la lampe, les secouristes font de leur mieux pour nettoyer toutes les plaies et m'appliquent des pansements aux doigts. Je repars en faisant gaffe et là je me rends compte que savoir monter c'est bien, mais savoir descendre c'est mieux. 
  • Aux "Chapieux", contrôle obligatoire de 3 éléments du matériel obligatoire. Dans mon cas, cela sera la veste (pour tout le monde et à chaque contrôle), le GSM et la puce sur le sac (éviter que l'on ne transporte le sac à votre place). Je prends 16 minutes pour me ravitailler. 
  • Après le ravitaillement, montée sur le "Col de la Seigne". Toujours en appliquant les principes de la marche nordique et là où c'est possible de dépasser, je remonte des trailers par dizaine sans me fatiguer inutilement. La descente se fera en mode vigilance, tout en souplesse et en levant bien les pieds. Je décide de faire la montée sur "L'arrête du Mont-Favre" en prenant le pas d'un "couple" de trailers Anglais. Le soleil commence à pointer le bout de son nez et nous avons droit à une vue magnifique sur le Mont-Blanc. La descente sur Courmayeur se fait dans le calme en privilégiant la sécurité à la vitesse. J'arrive à Courmayeur à 08h17 pour en repartir 1h30 plus tard!  Je change tous mes vêtements pour repartir au sec. J'applique un Compeed sur une zone sensible, je me masse les jambes avec de l'huile se trouvant dans mon sac d'allègement, je fais le plein d'énergie (soupe, pâtes, salé, sucré, coca, eau, ...). Grâce à un autre belge, j'applique de la crême solaire. Ce point là m'avait échappé. La journée allait être ensolleillée et donc des coups de soleils étaient possibles. Je ne me suis pas rendu compte du temps passé. Bref, je récupère. De trop peut-être ... plus de 100 coureurs sont passés. Soit ils étaient plus organisés ou accompagnés, soit plus pressés. Montée vers Mont Favre Refuge Bonatti vers Arnuva 
  • Après ce long ravito, la montée vers le "Refuge Bertone" se fait dans la calme, je récupère des trailers par dizaine. À propos, je n'ai toujours pas eu mon fameux coup de barre. Je l'appréhende et donc je continue sur le même tempo, à savoir toujours en-dedans car il reste encore pas mal de kilomètres. Le parcours entre le "Refuge Bertone", le "Refuge Bonatti" et "Arnuva" est plus "roulant". En montée, je fais bien travailler le haut du corps, sur le plat, je libère la machine en souplesse, en descente j'essaye de courir relâché tout en restant très concentré. 
  • La montée du "Grand Col Ferret" se passe bien, de même que la descente sur "La Fouly". Les places finales commencent à se figer, je vois de plus en plus les mêmes coureurs (effet yoyo). La montée vers "Champex-Lac" est interminable. Au ravitaillement, j'y reste 1 heure sans m'en rendre compte de nouveau. J'essaye de manger ce qui passe. L'estomac commence à saturer de tous ces aliments sucrés, de cette soupe aux vermicelles que je prends à presque chaque ravitaillement, ... Je repars plus que rassasié mais plusieurs coureurs sont passés, ce qui signifie que la remontée va être difficile car après plus de 123KM, il y a encore quelques bouchons. En fait, dès que cela monte, je rattrape des coureurs mais le passage étant étroit je dois attendre la bonne occasion avant de dépasser. C'est peut-être la raison d'un bon état de forme jusque là vu que je n'ai jamais été dans le rouge, ni dans l'orange d'ailleurs. La Fouly
  • Après la descente vers Trient, l'avant-dernier col est en vue. Tout en restant fidèle à ma technique je remonte des coureurs par dizaine une nouvelle fois, en fait 94 pour être précis. Je me surprends même d'arriver au sommet si vite. Cela doit être l'effet de fatigue, le départ a été donné il y plus de 32 heures. Dans la descente, je perds quelques places mais ne prends aucun risque. 
  • À "Vallorcine", je sens vraiment bien la fatigue. Je prends tout ce qui peut me tenir éveillé. Du café, de la soupe, du coca, du café, des trucs divers et je reste plus de 45 minutes sur place (perte de notion du temps). J'ai fait le plein d'énergie mais en mélangeant un peu trop les aliments. Je débute la montée vers le "Col Montet" dans les pas d'une personne que je suis en mode YoYo depuis un certain temps. Entre le "Col Montet" et la "Tête aux Vents", le passage est très technique et compliqué. À cela s'ajoute le froid, le brouillard et la fatigue. Entre la "Tête aux vents" et la "Flégère", je me dis qu'il est temps de trouver des WC surtout que maintenant le soleil est bien levé et qu'il n'y a pas de place pour se cacher. Trop tard, il faut y aller, gastro sévère, je respecte le règlement et mets le papier WC dans un des sacs hermétiques remis en début de course. Je repars en me disant que ce n'est pas fini. À "Flègère", après le pointage, direction les WC ou je fais le vide complet. Je dépose mon sac hermétique dans la poubelle prévue à cet effet. Je passe au ravito ou je prends 2 bons cocas et ne mange plus rien. 
  • Malgré les jambes douloureuses au niveau des quadriceps, je commence la dernière descente très lentement. Puis j'allonge.  Je vérifie ma montre Garmin que j'avais enclenchée à "Vallorcine" vu qu'elle ne tient pas longtemps. Je parviens encore à faire des calculs pour me convaincre qu'il est possible de descendre en dessous de 40h. Dès qu'il y a un tronçon non technique, je lâche les freins. Les yeux rivés sur le chrono et les kilomètres restants, les douleurs ont disparu. Je fais des calculs sans cesse et cela semble avoir occulté la douleur. Je termine la course à très très bonne allure pour finir en 39h55. Heureux de l'avoir fait mais fatigué ...Arrivée de l'UTMB® en 39h55 

Remerciements:

  • Merci à tous ceux qui m'ont suivi et soutenu pendant la course en SMS,en pensée et en parole.


L'après-course:

  • Évaluation des dégâts. J'ai certes mal aux jambes mais j'ai plus mal aux pieds. J'ai attrapé quelques belles cloches et quelques beaux ongles bleus. 
  • La paire de chaussure non vraiment adaptée à ce genre de terrain à bien morflé, mais elle a tenu bon. J'ai préféré cette paire car elle est souple et avait été testée avec succès sur l'Ardennes Mega Trail.
  • En soirée, aux "Cottages aux Houches", je déguste 2 bonnes Chimay Blanche en tant que boisson de récupération.


Équipements:

  • Veste et pantalon obligatoires Raid Light R-Light 
  • Lampes Petzl NAO avec batterie de rechange et réglée avec le logiciel OSB de Petzl 
  • Chaussure Fuji Attack 3 avec une paire Salomon XT Wings 3 en réserve dans le sac d'allègement 
  • Chaussettes Quechua 
  • Cuissard Poli (1° partie) et Falke (2° partie) 
  • Colland long Poli 
  • Tee-shirt Raid-Light (1° partie) et Poli (2° parte) 
  • Vêtement chaud manche longue Poli 
  • Veste chaude avec capuche Poli 
  • Gants et bonnet Gore-Tex 
  • Gants de cuisine Willeda (pour la partie gant imperméable = solution autorisée la moins chère du marché) 
  • Bâton Leki avec dragone (de type marche nordique) 


Conseils:

  • En fonction de votre condition du moment, de vos résultats de course avec fort dénivelé, et de votre objectif réaliste, il faut bien choisir sa place sur la ligne de départ. Arriver très tôt pour partir dans le premier quart peut être bien si vous ne vous emballez pas. Se mettre top loin vous évitera de partir en surchauffe mais va vous contraindre à freiner. 
  • L'idéal est d'avoir une personne pour vous assister dans les zones de ravitaillement. Le changement de chaussettes est particulièrement difficile surtout que les places pour se changer sont étroites et rares. 
  • Avoir un chronomètre pour l'activer au début de la zone de ravitaillement pour ne pas prendre (ou perdre) trop de temps. Il y a un risque important de dépasser les barrières horaires si vous êtes limite. Mais sans ravitaillement vous risquez l'abandon. À vous de faire le bon choix tout en sachant que plus l'épreuve avance, plus vous êtes fatigué et donc le bon choix ne s'impose plus ... 
  • Bien s'entraîner avec les bâtons. Piquer le bâton à la basse du pied en retrait et pousser avec les bras. La dépense d'énergie sera la même que sans bâton mais vous soulager vos jambes. En descente, déclipser les dragones et s'aider des bâtons pour ralentir et passer des obstacles. 
  • Avoir une bonne technique de descente pour être bien ou mieux classé. 

Hébergement:

  • Mon logement "Le cottage aux Houches" se trouvait en dehors de la ville de Chamonix dans le village "Les Houches". C'est l'endroit idéal pour réaliser des randonnées, préparer l'UTMB® et le faire, faire du ski, ... Depuis la terrasse arrière, nous avons droit à une vue magnifique sur le Dôme du Goûter.
  • La partie bar est assez bien fournie avec une variété de bières belges dont notre bonne Chimay Blanche et Bleue. Stéphanie vous prépare des repas de qualité tous les soirs.
  • Au niveau rapport qualité / prix, il n'y a pas mieux. Le personnel a l'habitude de "travailler" avec des groupes de sportifs et adapte les horaires des repas en fonction de vos impératifs de course.
  • Au niveau transport, vous avez à disposition soit le bus à moins de 5 minutes à pied,soit le train à moins de 10 minutes à pied. Le tout est gratuit grâce à la carte d'hôte, ou alors grâce à votre carte "Pass Ultra-trail" fournie lors de votre participation à l'UTMB.
  • Pour en savoir plus: http://www.asbl-lageode.com/cottage.html
  • J'en profite pour remercier Gérard, Tony et Stéphanie pour leur accueil chaleureux et leur service irréprochable.

UTMB® 2014 Yves Marion compte rendu

Commentaires (1)

1. BLONDEAUX Yannick 12/09/2014

Tout simplement extraordinaire. Ton récit me rappelle plein de souvenirs. Visiblement, tu as superbement bien géré ta course malgré la météo pas très favorable. Encore bravo pour cet exploit. Rassure-moi, tu avais bien un mon mail avant le départ avec mes quelques conseils. Ce qui est certain, c'est que maintenant, c'est toi qui va devoir me conseiller pour la prochaine ...

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